TRIBUNE

Interview à l’AFP

Le maire de Sarcelles appelle à « réparer la République »

Le 31 janvier 2020,

  • Par Patrick Haddad

« Chacun doit pouvoir vivre selon ses convictions et dans le respect de ce qu’il est », écrit Patrick Haddad dans cette tribune. Le maire de Sarcelles invite à « réparer la République ».

Le maire de Sarcelles Patrick Haddad. (AFP)

Voici un extrait de la tribune de Patrick Haddad : « En matière de défense de la République, de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ou de dénonciation de l’islamisme radical, nous avons droit à une profusion d’ouvrages et d’articles ni tous fins, ni tous fameux. Pour être entendu, le ton est volontiers clivant, la littérature anxiogène. Les titres sont vendeurs, le fond est vengeur. A ceux qui prêchent la haine répondent ceux qui répandent la peur : la machine infernale tourne à plein régime. Et pourtant, il y a non seulement matière à amener de la rationalité mais également urgence à le faire.

Pour cela, trois écueils doivent être évités :

  1. Le premier, nous venons d’en parler, c’est le sensationnalisme et l’hystérisation du débat. Le sujet est trop grave pour en faire un fonds de commerce politique ou médiatique. A titre d’exemple, expliquer comme l’a fait un article de presse du 21 janvier dernier que les juifs à Sarcelles ne pouvaient plus mettre la kippa après 18h est tout simplement un mensonge éhonté qui a provoqué l’indignation de nombre de Sarcellois. C’est une erreur fondamentale que d’étendre la peur dans des champs où elle n’a pas pénétré, tout comme dire que la France prise dans son ensemble est un pays antisémite, négrophobe ou islamophobe. 
  2. Le deuxième écueil est le corollaire du premier, c’est l’angélisme et sa conséquence, le déni. La montée des faits racistes et xénophobes est incontestable. Les derniers chiffres officiels publiés ce week-end en attestent : plus 130% en 2019 par rapport à 2018. L’antisémitisme, sous des formes diverses, connait une recrudescence particulièrement inquiétante car meurtrière : d’Ilan Halimi à Mireille Knoll, sans oublier les victimes des attentats de Toulouse, de l’Hypercacher de Vincennes ainsi que Sarah Halimi, onze femmes et hommes ont été assassinés depuis 2006 parce que juifs. L’inquiétude est renforcée par l’ignorance de la Shoah, les difficultés parfois à l’enseigner ou encore la profanation régulière de tombes en Alsace. Dans le même temps, nombre de Français, en particulier de confession musulmane et/ou d’origine africaine subissent des discriminations importantes dans l’accès à l’emploi et au logement. Plus généralement, le climat d’hostilité vis-à-vis de l’Islam est palpable. Les actes anti-chrétiens sont également en hausse. Un prêtre, Jacques Hamel, a même été égorgé, ne l’oublions pas, par un individu fiché S pour radicalisation islamiste le 26 juillet 2016 à Saint Etienne du Rouvray. 
  3. Troisième écueil : la concurrence victimaire. Face à cette sombre réalité, le repli sur soi est souvent la première attitude adoptée, presque comme un réflexe pavlovien. Chacun cherche à se protéger, à protéger les siens, sa communauté, ceux qui lui ressemblent. Sans nier le ressenti de chacun, il faut collectivement le dépasser. « L’antisémitisme est toujours le prélude, le clignotant, le marqueur d’un effondrement général, dont les Juifs sont les premières victimes, mais dont on sait très vite qu’il va concerner tout le monde », expliquait à juste raison le rabbin Delphine Horvilleur, le 27 mars 2019. Ecouter la ministre de la Justice déclarer à propos du meurtre de Sarah Halimi « J’entends évidemment l’émotion de la communauté juive » est au minimum attristant. Car si le racisme et l’antisémitisme peuvent s’appuyer sur des ressorts différents, si la haine de l’autre peut prendre différents visages, le combat ne peut être que commun. 

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Face à ce qui divise, face à ce qui blesse les identités, un enjeu s’impose : celui de réparer la République

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Retrouvez l’intégralité de cette interview sur le site de l’AFP 31/01/2020